• Graziella Corvini

Avant et après...

Mis à jour : juil. 8


Avant, Elle avait peur de tout. Comme un petit animal sauvage.

Elle croyait que les autres étaient plus intelligents, mieux armés pour affronter la vie.

Elle aurait eu envie de devenir eux ou alors, envie de disparaître à jamais dans un trou de terre.

Pourtant Elle savait, dans le fond, qu’elle n’était pas « ça ».

Mais, c’était plus fort, plus puissant que tout. C’était comme si elle avait été emmurée dans une matrice.


Emmurée ? Emmurée par quoi ? Par qui ?

Ces questions, elle ne se les étaient jamais posées avant que n’arrive « l’évènement, la vague ». Avant, elle passait son temps à chercher inlassablement une porte de sortie. Celle-ci devait bien exister puisque l’univers était tapissé de murs.

Ces murs, personne ne les percevait pourtant. Ils étaient invisibles, fondus dans le paysage. Elle-même ne les sentait que par le biais de ses émotions. À chaque pas, à chaque rencontre, une émotion faisait se rétracter tout son être à un point tel qu’elle en déduisit que les murs, c’était les autres ! Tous ces autres qui, sans restriction aucune, jugeaient, projetaient et s’élevaient en se servant de celles et ceux qu’ils prétendaient aimer comme palier pour passer au palier suivant. « Les gens ne savent pas s’aimer, ils ne savent que s’utiliser, parceque’ils ont tant de blessures à soigner, tant besoin d’exister ! ».


Alors à force de se heurter à ces murs invisibles, Elle se mit à prier. Elle pria de toutes ses forces, pour enfin devenir libre.

Cela jusqu’à ce qu’un jour, une vague menaçant sa vie arriva et fit s’envoler ces « autres » telle une nuée d’insectes prenant la fuite.

Oh, la solitude qui s’en suivit ne dura pas bien longtemps. Il y eut les nouveaux « autres » : « les blouses blanches ». Des blouses blanches gentilles, bienveillantes et professionnelles.


Et puis, il y avait la mort, toute proche, si proche qu’il lui était possible de sentir son souffle. Celle-ci attira l’attention d’Elle, de l’extérieur vers l’intérieur. - Un tel évènement ne concerne, finalement, que sois en tant qu’expérience directe. L’extérieur ne présentant plus aucun intérêt puisqu’il se jonchait de pronostics, Elle décida de suivre le chemin que lui indiquait la mort, pas à pas. Et Elle commença à descendre à l'intérieur d'elle-même. À plonger dans un nouvel univers qui, en vérité et contre toute attente, l’amena à monter. À monter jusqu’à s’extraire de la matrice.

Les murs s’éloignèrent, se désintégraient. Puis un monde jusque là invisible se dévoila, petit à petit. La matrice n’eut bientôt plus d’impact, flottant au loin, telle une rumeur, tels les filaments de quelques nuages s’étirant sur l’horizon.


La menace de mort accompagna Elle pour un temps.

En vérité, celle-ci était devenue une amie, une alliée. L’alliée lui montra que l’extérieur n’avait toujours été que le reflet de son intérieur. L’alliée lui fit comprendre que la matrice avait été façonnée par ses propres croyances, ses propres programmations, ses propres peurs ; un enchevêtrement construit lentement, au fil de l’enfance. « Comment se comprendre et se voir sois, lorsque son environnement des premières années ne nous voit pas ? Si personne ne nous voit, n’est-ce pas parce qu’il n’y a rien à voir ? »


En fin de compte, n’était-ce pas contre ses propres murs qu’Elle s’était heurtée sans relâche sitôt entrée dans l’âge de raison ? Ces murs n’étaient-ils pas devenus le reflet de ce qui avait alors commencé à régner en maître au-dedans ?


Oui, ce dedans Elle l’avait soigneusement cadenassé, verrouillé puis abandonné, laissé en souffrance, en jachère. Mais la présence de la mort, si proche, si intime, actionna les clefs et fit sauter les verrous, un à un. Face à cette alliée-là, rien de ce qui n’est pas réel ne survit. Face à la mort, seuls le Vrai, l’Essentiel peuvent gagner.

Puis la mort se retira, doucement, comme une vague qui retourne de la plage de sable vers l’océan. Comme une vague qui, cette fois, avait été trop courte pour emporter Elle.


Et Elle était revenue à la vie. Ou plutôt, elle s’était réveillée d’un long rêve, ébauche d’une autre vie, d’une vie déjà passée. Il y avait l’avant et l’après. Il y avait la chenille, le cocon puis le papillon.


Elle savait maintenant, que même lorsque la vague reviendrait pour l’emporter, dans très longtemps, ce ne serait pas pour la faire disparaître, mais pour la conduire dans un monde plus vaste encore. Un monde où Elle se réveillerait dans un état d’être différent qui lui ferait sans doute dire que ce qui s’était passé juste avant que la vague ne revienne n’avait été qu’un rêve. Et il y aurait un avant, un après. Une chenille, un cocon et un papillon…

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