• Graziella Corvini

Les anges ont des ailes - Extrait du Temps des Nuages (1)

Mis à jour : juil. 1


Quelques mois du monde terrestre viennent de s’écouler. La saison est à l’hiver. Il fait nuit dehors. Samuel retrouve la petite Terrienne, le nez écrasé contre la vitre. Elle contemple les perles, légères, qui virevoltent et s’illuminent en se rapprochant des réverbères. Parfois, les perles se laissent attraper par le vent et tourbillonnent plus vite, on les entend alors rire, puis, parvenant à s’échapper, elles reprennent paisiblement leur rythme de croisière initial. Marie se demande qui, depuis là-haut, rassemble toute cette neige pour envelopper la Terre. C’est si beau. Un bruit l’extrait de ses pensées. Sa mère vient de passer le seuil de la chambre. —Maman, j’ai l’impression que même quand il n’y a personne dehors, comme maintenant, il y a quand même des gens. Mais je ne comprends pas pourquoi ils sont invisibles. — Peut-être perçois-tu les anges ? La petite plonge dans son lit sous sa couette et ressort la tête de l’autre côté. — Les anges ? Qu’est-ce que c’est ? — On dit que ce sont des êtres ailés, invisibles, qui prennent soin des humains. Lorsque tu es triste par exemple, tu peux leur parler, leur faire part de tes soucis. — Mais je n’ai pas attrapé le souci ! Y a-t-il quand même un ange qui est mon ami ? — Oui, ne t’inquiète pas. — En as-tu déjà vu, des anges, toi ? La femme réfléchit, puis dit : — Je crois qu’un jour, alors que je me promenais avec toi qui hurlais dans ton landau, l’un d’entre eux a soufflé sur mon dos. Mes habits étaient les seuls à avoir bougé. Le feuillage des arbres était immobile, les vêtements des passants aussi. Et puis, au même instant, tu avais arrêté de pleurer. — Pourquoi un ange aurait-il soufflé sur ton dos ? — Peut-être pour voir si les êtres humains ont des ailes ? Il est l’heure de dormir maintenant ma fille, fait la femme en embrassant son enfant, bonne nuit. Marie pousse un soupir de bien-être en fermant les yeux, écoute le bruit des pas qui s’éloignent, le déclic de l’interrupteur, la porte qui se referme doucement. Elle attend ensuite cette agréable sensation devant la faire glisser dans le monde des rêves, mais en vain. Un souffle d’air accompagné de fraîcheur vient alors chatouiller ses narines. Marie ouvre les yeux : un ciel étoilé remplace son plafond. Le lit, les jouets, les murs ont disparu ! La fillette se lève en tournant lentement sur elle-même. Jamais plus beau paysage ne lui a été donné à contempler : des étoiles qui scintillent comme jamais, de la ouate par terre, un silence empli de mille mélodies... Son regard s’arrête sur deux grands cocons blancs. Elle s’en approche. La texture est moelleuse sous ses pieds. On dirait de la guimauve. Les cocons possèdent une ouverture. Le premier abrite une enfant endormie, avec des ailes attachées derrière le dos. Le temps d’un instant, Marie a la sensation que c’est elle-même qui est allongée là. Après un moment, la curiosité la conduit vers le second cocon. Celui-ci est occupé par un garçon. Son visage lui est familier. Il apparaît souvent dans ses rêves. Et puis, elle se souvient parfaitement que, lorsqu’elle était encore un bébé incapable de parler avec des mots sortant de la bouche, lui était venu. — Maman avait raison, fait-elle alors, vous avez des ailes, en revanche vous n’êtes pas toujours invisibles !


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